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Textes et photos de Serge Capdessus

Du vélo, de la randonnée et de la montagne.

DE LUCHON A LE CABANIAL A VELO SOLO

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DE LUCHON A LE CABANIAL A VELO SOLO

En plein cœur de cet hiver froid et pluvieux ou les inondations et autres tempêtes secouent méchamment une grande partie de la France, je ne compte pas rester terré chez moi à attendre je ne sais quoi. Je me lance donc, seul, dans un parcours de vélo avec mon sac à dos et mes sacoches afin de relier en 3 jours deux villages du département de la Haute Garonne : Bagnères de Luchon dans le Sud et  Le Cabanial dans le Lauragais. 

 

MERCREDI 17 JANVIER 2018. DE LA MAISON DE LUCHON (31 ) AU CAMPING GITE DES PALETES A  SAINT GIRONS (09).

Vers 8h30 ce matin là, je quitte Luchon par un temps  frais, presque doux et un ciel partiellement couvert. Je descends la route nationale, toujours froide à cet endroit quelle que soit la saison, jusqu'à Cierp Gaud puis jusqu'à Chaum. Dès le départ, dès les premiers coups de pédale sur la première ligne droite,  je sens que je suis un peu trop chargé avec mes deux sacoches et mon sac à dos.

Je traverse Fronsac et monte aussitôt vers le col des Arès. C'est un parcours que je connais bien car je l'ai souvent parcouru ces dernières années. Le temps reste frais et humide et j’atteins ce premier col vers 10h30  après deux bonnes heures de pédalage depuis Luchon. Col des Arès 797 mètres. Un peu fatigué par cette première partie, plus longue que prévue, j’écrase involontairement mes lunettes en y marchant dessus. Voilà un bon départ. Je réfléchis quelques secondes puis je repars. Je franchis alors en descendant le facile col de Bech 715 mètres en roulant à grand coups de pédale, vers Juzet d'Izaut. Tout va bien, j'avance normalement comme je l'avais prévu. Je passe au col de Buret 599 mètres avant de filer aussitôt jusqu'à Sengouagnet, autre petit village aussi désert que précédent. Il se met à pleuvoir. Une pluie fine et froide, pas vraiment désagréable. Quand j'arrive à Aspet, gros bourg habituellement  bien animé avec un marché et de nombreux commerces, je vais d'abord me faire redresser mes lunettes chez une jeune opticienne et m'installe ensuite sous le hall de la mairie pour mon premier repas. Il pleut de plus en plus.

Le repas est vite avalé.  Avant de repartir, un peu humide, un peu froid, je prends un café au bar de la place, envahi par un groupe d'employés municipaux qui attendent patiemment la pause de midi....

Je me sens vraiment bien sans la moindre douleur ni la moindre envie de renoncer. Un voyage à vélo fut-il simplement de 3 jours, fut il à quelques kilomètres de chez soi, possède toujours une part de mystère et de découverte qui m'a toujours fasciné... Les rues d'Aspet sous l'averse sont maintenant désertes... Seuls les vendeurs de fromage et de charcuterie attendent tristement leurs derniers clients derrière leurs étals maintenant désertés.

Je prends sans hésiter la route qui m'intéresse, celle qui monte au col de Larrieu et qui file vers l'Est. Il pleut de plus en plus et je profite de cette fraîcheur ambiante pour remonter rapidement les vastes pentes de basse montagne qui défendent le col. Sur la route, personne. Dans les champs, vaches et chevaux me regardent passer avec une mine un peu éberluée. Je franchis sans le voir, comme d'habitude, le col de Louzet 681 mètres avant de gravir les longues pentes du col de Larrieu. Ce dernier, probablement vexé qu'on le prenne  trop souvent de haut, se défend bien et m'oblige à forcer pour atteindre son faite. Col de Larrieu 704 mètres.

Il tombe une pluie fine et froide. L'endroit est désert, humide mais finalement bien agréable. Je suis seul dans cette basse montagne qui n'intéresse que moi, petit cycliste isolé. Je vois que mon horaire est bon et je commence à penser que cette première étape va être bouclée sans difficultés.

Il est 14 heures environ. Il me faut descendre sur le versant Est du col et tracer ma route à travers collines, basses montagnes et petits villages de ce secteur un peu perdu, un peu oublié, à cheval entre les départements de la Haute Garonne et de l'Ariège. La descente est forte et amusante. J'évite soigneusement le village d'Arbas car je n'ai pas envie de vomir en revoyant cet endroit infesté de souvenirs pénibles....Je dépasse maintenant les petits villages de Urau, Saleich et Mauvezin du Prat, tous plus silencieux et déserts les uns que les autres.

Ca y est, je suis en Ariège. Pour le moment, tout va bien et je trouve que je progresse bien mieux que je ne l'avais pensé. Je vais donc certainement atteindre Saint Girons ma ville étape, en milieu d'après midi. 

Effectivement voici le fond de la vallée. A Prat Bonrepaux, j'arrive sur la grand route, anciennement dénommée RN117 qui remonte toute la vallée. Une surprise me tombe alors sur la sacoche avant: Une belle voie verte parcours gentiment la vallée du Salat! Jusqu'ou va-t-elle? Je n'en sais rien. En France, on est toujours avare de panneaux explicatifs  sur les pistes cyclables. C'est au cycliste de se débrouiller, à deviner, à supposer...

Empruntant cette voie miraculeuse, j'évite  le trafic important de la route nationale en suivant cet itinéraire totalement préservé de la circulation automobile. La encore, pas le moindre cycliste n'est en vue dans cette dernière portion alors que le soleil fait enfin son apparition...  

 

Quelques coups de pédale sur cette piste déserte et presque plate me font atteindre puis dépasser Saint Lizier, sans encombre.  Bien évidemment la piste s'arrête sans crier gare et sans le moindre panneau explicatif. Qu'à cela ne tienne, j'emprunte alors la grande route pour les derniers kilomètres avant la ville de Saint Girons dont je traverse les hideuses zones commerciales. 

Je contourne la ville avec sa petite rocade Ouest et file immédiatement au Camping des Paletes. En quelques minutes j'y arrive malgré une ultime et méchante petite côte. L'accueil y est sympathique et les tarifs très raisonnables. C'est vraiment une adresse à garder pour une prochaine visite... 

Il n'est que 15 heures. J'ai donc fait sans mal, sans pioche, sans douleur, plus de 90 kilomètres pour ce premier jour et suis même arrivé à bon port avant que prévu. Bien installé dans ma petite chambre, rapidement envahie par toutes mes affaires, je profite de la fin de la journée pour aller gravir un dernier col: Le Coch 530 mètres, petit col sympathique, fort bien défendu par une bonne montée sur une petite route de montagne coorectement asphaltée. Je fais ensuite une petite boucle d'une douzaine de kilometres dans les montagnes des environs avant de me jeter sur les plats du restaurant du camping. 

 

JEUDI 18 JANVIER. DU CAMPING DE SAINT GIRONS AU GITE D 'ETAPE DE ROUMENGOUX.

Huit heures du matin, il fait juste jour, c'est le départ. Belle surprise ce matin, le ciel est parfaitement dégagé, la température est étonnamment douce. J'accroche mes sacoches et saute sur mon vélo... Je laisse  rapidement la ville derrière moi en prenant la route de Foix. 

Vraiment tout va bien mais je pense que l'étape prévue, qui est en face à moi, risque d'être un peu trop longue. Je pense donc être obligé de la raccourcir en supprimant deci delà quelques suppléments. Enfin, je verrai bien.

Les conditions météo sont parfaites surtout pour un mois de janvier. Rapidement, ô nouvelle surprise, je découvre une voie verte. C'est l'ancienne voie ferrée Saint Girons / Foix. Je m'y lance forcement à fond. Le moment est frais, magique. Loin du fracas de la route départementale que j'aperçois de temps en temps, je progresse rapidement. Mais malheureusement, je suis obligé de quitter ce bel itinéraire pour retrouver l'habituel réseau goudronné, Foix n’étant pas mon objectif. 

J'emprunte donc la D119  qui remonte doucement la vallée du Ruisseau de Portets jusqu'au lieu dit La Grausse. De là, je prends une petite route goudronnée qui me mène assez rapidement au Col de la Rouge 485 mètres. Les vues sur les montagnes enneigées de l'Ariège y sont très étendues. Alors que j'entame la descente, j'aperçois sur ma gauche, dans un champ en contrebas, 2 jeunes biches. Quand elles m'aperçoivent, elles détalent en faisant des bonds prodigieux. C'est un spectacle magnifique qui me ravit le cœur pendant quelques secondes juste avant que je reprenne la route de l'effort et du pédalage.

Je redescends jusqu'à La Grausse et reprends la D117. Le relief est tout à fait accueillant pour un cycliste comme moi. J'avance rapidement en suivant l'Arize. Soudain sur ma gauche, juste au pied de la colline, une grande église ouverte avec son Chemin de Croix. Je fais le petit détour qui me sépare de ce site inattendu et je rentre dans l'église pour quelques secondes de calme et de beauté. Le Chemin de Croix à flanc de montagne derrière l’Église est magnifique mais je n'ai pas le temps de le parcourir... Je me contente de le prendre en photo. 

La route est maintenant facile et sympathique à parcourir. J'avale aisément les kilomètres alors que le soleil chauffe doucement cette haute vallée suspendue. J'arrive ainsi au site absolument extraordinaire de la route du Mas d'Azil. Le cours d'eau et l'axe routier traversent ainsi la montagne la perforant de part en part. J'ignore tout de ce miracle géologique... Peu de véhicules à ce moment là et je peux le parcourir sans prendre de risques. Le moment est bref, intense et magnifique.

 

J'arrive dans le village de Le Mas d'Azil pour y faire juste une petite pause, de quoi acheter un pain qui me tiendra jusqu'à Le Cabanial. Et je reprends la route vers l'Est. Je quitte la route principale et file vers Gabre, petit village de 100 habitants. La route est étroite et reste parfaitement ensoleillée. Je stoppe et monte alors par une piste raide au Pas du Loup 492 mètres. C'est un superbe petit col de montagne, isolé et désert. Je redescends sur la route et reprends le goudron. Je parcours quelques kilomètres pour atteindre d’abord le Moulin du Pas du Roc puis un peu plus loin sur la route, je stoppe au Pas du Roc 340 mètres.

 

Je reprends la route toujours aussi agréable, je dépasse sans trop le voir le hameau de Fourné. Prudemment je laisse tomber un col au dessus du village, défendu par une piste trop raide pour aujourd'hui.  J’enchaîne ensuite les kilomètres toujours aussi agréables, toujours aussi faciles à parcourir, pour atteindre un carrefour marqué par plusieurs plaques commémorant des faits de Résistance. Parmi ces plaques, il y en a une qui me touche plus que les autres, je la photographie et prends alors la décision de m'en commander une, presque identique pour un autre site... 

Je reprends la route et monte en quelques lacets bien goudonnés au col suivant: Pas du Portel 498 mètres. Je bascule aussitôt versant nord et une longue descente me mène à travers des petites routes peu fréquentées à la gare de Varilhes. La gare est déserte, le soleil généreux. C'est un moment de calme et de récupération agréable sachant que l’après-midi qui vient risque d'être bien difficile. 

 

Je traverse le bassin de Varilhes et remonte aussitôt la vallée de Dalou, modeste village de quelques centaines d'habitants. Je me sens bien mais je vois le programme prévu risque d’être trop chargé. Je laisse alors de côté une piste qui devait me lâcher 3 cols  et roule jusqu'au hameau de Cazals. Je prends aussitôt le CD 713 qui monte au col de la Fage 551 mètres puis au col de Cante Couyoul 565 mètres. La route est déserte, bien goudronnée... C'est vraiment trop facile de rouler dans ces conditions. Il est environ 14 h quand j'arrive au village de Saint Martin. Un  petit arrêt pour assurer mon AS  et je repars. Le ciel reste d'un beau bleu tout doux, tout calme. Je vais d’abord chercher le col de la Chioulade 523 mètres, je redescends et monte au col de Saint Christaut 513 mètres.

Je vois le temps de cette après midi qui passe trop vite, le soleil commence à décliner. J'accélère encore mais je ne peux  laisser passer un nouveau col qui me tend les bras. Je remonte donc une nouvelle belle route forestière qui me fait pénétrer dans une propriété privée. La propriétaire est là, sécateur à la main, au milieu de son magnifique domaine. Je la salue gentiment, m'excuse pour l'intrusion et je décampe. Le Col 523 mètres.  

Je laisse de coté, vraiment à contre cœur, de nombreux cols mais Mirepoix est encore trop loin pour que je me laisse aller à des fantaisies. Je traverse le village de Merviel et roule à grands coups de pédale jusqu’à Dun. Je me perds un peu dans ce relief de petites vallées pas toutes bien orientées mais je n'ai pas le temps de regarder les cartes. Le temps presse. Je fonce droit devant. 

A Dun, j'emprunte une nouvelle piste roulante qui se redresse peu à peu. Je sens que je commence à piocher sur ce terrain exigeant pour une fin d'étape. J'insiste tout de même jusqu'au col de Gayot 467 mètres défendu par une longue piste très boueuse.

Mais toujours pas de nuage dans le ciel. Je descends par des pistes roulantes jusqu'à un hameau au nom évocateur: Le Pape. Je me remets à rouler furieusement. C'est une véritable course contre la montre qui me fait face car je vois le soleil qui peu à peu se rapproche des crêtes Ouest de la vallée. Il faut absolument que j'avance au plus vite pour ne pas être pris par la nuit.

Bien évidemment, je me trompe dans la descente et fais involontairement un supplément de quelques kilomètres avant d'arriver enfin à Senesse, dernier petit village de mon étape. C'est une bourgade apparemment bien vivante, j'y trouve une belle église, ouverte, avec une magnifique crèche à l'intérieur. 

Quelques  coups de pédales supplémentaires me sont alors nécessaires pour franchir le col de Belbeze 395 mètres dernier col de cette journée magnifique. Je plonge alors aussitôt vers le nord en suivant une petite route jusqu'à un carrefour. Voilà ensuite, une route plus importante, plus bruyante. J'approche de Mirepoix, c'est certain mais je n'ai pas le temps de regarder ma bonne Iphigénie et je continue à appuyer furieusement sur mes pédales, de plus en plus pressé par le temps.  L'ombre envahit la plaine quand je penètre dans le centre historique de cette petite ville ariégeioise. 

La place centrale, bordée d'arcades, est de toute beauté. Visiblement je suis dans une bastide du Moyen Age. Mais je n'ai pas le temps de m'attarder et je file au jugé vers le nord de la ville. Devant une grande surface commerciale je laisse mon vélo et mes sacoches pour quelques courses rapides à l'intérieur. Quand je ressors, c'est la nuit noire.

Je prends une route importante et, lumières avant et arrières de mon vélo bien allumées, je fonce vers le village de Roumengoux. Je sais que j'ai encore 7 km à parcourir. 7 km ce n'est pas la mer à boire ni la montagne à manger même en fin d'étape ... L'essentiel c'est de faire cet effort en toute connaissance de cause.

Au bout d'une demi heure de pédalage, je commence à douter. Traversant un petit village, désert mais bien éclairé, je m'arrête alors et constate que je me suis complètement trompé. Je file actuellement vers le Sud Est alors qu'il me fallait prendre une direction Est.  Je cherche et trouve après quelques nouvelles erreurs, une route qui coupant dans la campagne devrait me faire  arriver au gite. C'est du moins ce que j'espère. Je roule. Il fait nuit noire et les conditions météorologiques restent très agréables sans vent ni précipitations. Les kilomètres se suivent et se ressemblent. Soudain à un carrefour, je tombe en arrêt devant des panneaux routiers, pour moi totalement incompréhensibles, malgré la lueur de mes lampes. Bien évidemment la direction qui m'intéresse n'y est pas mentionnée. Devinant mon interrogation, une jeune dame en voiture, vraiment tombée du ciel et accompagnée de ses filles, s'arrête spontanément et me renseigne. Elle m'indique un raccourci qui me permettra d'atteindre le village après une bonne poussette sur une piste bien raide a travers champs. Pousser le vélo en pleine nuit est aussi un moment de réel bonheur. 

Il est 19h30, après plus d'une heure trente de roulage de nuit, et quand je pénètre dans le gite de Roumengoux, vide mais chauffé et très bien équipé.

VENDREDI 19 JANVIER 2018. DU GITE D ETAPE DE ROUMENGOUX A LA MAISON DE LE CABANIAL. 3 COLS. 101KM.

La nuit a été bonne et reposante. Quand je quitte le gite ma poubelle sous le bras, ce n'est plus le beau ciel bleu de la veille mais un ciel gris et bas, bien maussade, comme dans une poésie de Baudelaire, qui complète le tableau matinal. Le jour se lève...

Je descends aussitôt vers la RD 626  et sur la foi d'un habitant de Roumengoux, je trouve une belle voie verte toute accueillante, toute déserte. Elle reprend un ancien itinéraire de voie ferrée. C'est parfait, sauf que, ici comme ailleurs, il n'y a pas le moindre panneau indicateur... Je file donc vers Mirepoix. Il pleut vraiment à chaudes larmes. Les 7 km sont rapidement avalés, c'est quand même plus simple de rouler avec le jour...

Mirepoix est atteint et aussitôt dépassé. Je prends bien garde de ne pas me tromper de route et file vers le Nord en empruntant une petite départementale. La pluie se renforce encore et rend tout arrêt problématique.  Je reste donc tranquillement sur cette D626, bien protégé par mes 4 épaisseurs de vêtements dont ma veste de haute montagne, ma cagoule et mes gants d'hiver. Je sens que la pluie et le vent me fouettent le visage mais je sens bien aussi que ni le froid ni l'humidité ne parviennent jusqu'à ma peau. Je peux donc continuer ainsi, sans souci.

L'essentiel de mon effort consiste d'abord à avancer en appuyant furieusement sur les pédales et ensuite à produire de la chaleur de façon à faire reculer les assauts permanents de la pluie et du froid.

Les kilomètres se suivent et se ressemblent. C'est un paysage de collines agricoles cultivées mais sans le moindre signe de vie: pas un paysan sur son tracteur, pas une vache dans son champ. Il n'existe ici que moi sur mon vélo, la pluie, les champs à perte de vue et quelques véhicules qui me croisent de temps en temps. 

Comme il me serait bien compliqué de m'arrêter, alors c'est simple je continue. Je dépasse le peti village de Villautou et tout en ne cessant jamais d'évaluer dans ma tète, le kilométrage parcouru et le kilométrage restant à parcourir, j'atteins, sous la même pluie battante, le carrefour de La plagne.

Génial, cela prouve simplement que je suis sur la bonne route et que j'avance bien car il n'est que 10h30. Et là, miracle, un abri-bus m'attend et m'accueille. Quelques minutes de répit  me permettent ainsi de manger  à l'abri deux petites bricoles à l'abri et de revoir en détail mon itinéraire.

Avant de refroidir, je repars.

Je prends maintenant la direction de l'Ouest car j'ai un petit col à aller chercher dans ces collines. La pluie commence enfin à ralentir sans cesser toutefois complètement. Une dizaine de kilomètres environ depuis le carrefour de la Plagne, je traverse sans m'y arrêter, le village de Belpech. Une brave dame, un peu âgée, son panier à courses à la main, se demande ce que je fais dehors, à vélo par un temps pareil et elle m'indique la direction de Molandier. Une toute petite route serpentant dans les reliefs, m'y mène assez vite alors que la pluie cesse enfin. J'en profite pour accélérer afin d'essayer de me réchauffer.  

Voici Molandier, petit bourg pas vraiment accueillant pour le cycliste en temps de pluie mais je me débrouille quand même dans un coin du parc de la mairie pour y faire mes affaires du moment. 

Je jette un rapide coup d'œil à l'église au magnifique clocher -mur , typique du Lauragais , avec ses 7 cloches, et je repars. Maintenant la pluie a cessé et même le soleil apparaît. Cela ne va pas durer bien longtemps mais enfin, c'est toujours ça de pris. Je jette un rapide coup d'œil à la magnifique église au clocher-mur, typique du Lauragais avec ses 7 cloches et je repars. Maintenant la pluie a cessé et meme le soleil apparaît. Cela ne va pas durer bien longtemps mais enfin, c'est toujours ça de pris. 

Je file plein nord sur une petite route très roulante. Le moment est agréable. Deux autres petits carrefours aux panneaux pas toujours aisés à comprendre et je dépasse le village au nom magnifique de Fajac la Relenque et je monte maintenant sur une ligne de crête battue par les vents. Pas de pluie mais voilà, avec le vent, le froid qui revient. Je franchis donc sans le voir le Pas Grand 332 mètres. Je ne m'arrête pas, j'y ai trop froid et je bascule aussitôt vers le bas de la vallée. Un carrefour dans un environnement étonnamment désert et pelé me replace dans la bonne direction. Je vais maintenant me contenter de rouler jusqu'à plus soif en restant pendant près d'une quinzaine de kilomètres sur cette sympathique route départementale D624. Pas de pluie, un peu de vent, c'est normal, je suis dans le Lauragais. 

Et voici le col de Samson 300 mètres peu marqué dans ces paysages de collines orientées dans tous les sens, que je franchis allègrement. J'arrive à Villeneuve la Comptal. La faim et le froid me poussent à traverser ce village en y espérant un café, un restaurant ou tout autre endroit sympathique mais je n'y trouve rien de très intéressant et continue d'appuyer sur les manivelles alors que j'aperçois maintenant au loin l'autoroute bruyante et laide. Il fait de plus en plus faim. Je stoppe enfin à Mas Saintes Puelles, drôle de nom pour un village, pour manger, recroquevillé par terre devant la vitrine d'une boulangerie ouverte seulement le matin.

Entre les derniers morceaux de fromage et de charcuterie, je vois passer mes collègues de l'école toute proche qui repartent au travail et qui se demandent ce que fait là ce clodo avec son vélo dans cette rue ventée, en plein hiver. 

Alors que je recommence à grelotter de froid, je repars pour rouler un peu. J'arrive rapidement à la gigantesque poterie du Ségala et j'atteins le superbe Canal du Midi. Et là, autre magnifique surprise, un restaurant, chaud et sec, m'accueille, certes un peu tard, pour un café bien chaud, bien réconfortant. 

Il me reste maintenant une trentaine de kilomètres à parcourir. Je traverse sous la pluie le site extraordinaire du col de Naurouze 194 mètres avec toutes les installations du Canal du Midi. La pluie est de plus en plus froide et commence à s'allier avec le vent qui se met à souffler en rafales. 

Je reprends la direction Nord. Je suis au cœur du Lauragais en suivant des petites routes plutôt aimables, plutôt tranquilles. Je traverse le village de Les Casses et file jusqu'à Le Vaux. La pluie se renforce encore et je sens le froid et l'humidité me remonter le long des jambes. Je ne parle pas de mes pieds qui sont congelés depuis longtemps. A le Vaux pluie, pluie, pluie  mais pas de panneau routier. Là encore je croise une collègue sortant de l'école. Elle ne prend pas une seconde pour s'arrêter en me parlant. Visiblement ce paria avec son vélo ne l'intéresse pas du tout. 

Il me reste encore une bonne quinzaine de kilomètres à parcourir. Je les compte, les espère, les suppose un à un. Je me mets à piocher. Je croise soudain deux gros chiens en liberté qui me regardent passer sans bouger. Je suis trop fatigué pour avoir peur de ces molosses.

J'ai à nouveau faim. La seule idée du copieux repas du soir à venir est la seule pensée qui me reste, qui me motive et qui me dope pour terminer cette longue étape. Voici Auriac sur Vendinelle. Je croise quelques enfants qui sortent de l'ecole. On se salue joyeusement.

Il me reste 5 kilomètres. 5 kilomètres! Que sont 5 kilomètres  à coté de l'éternité qui nous attend tous?  Trop fatigué, je laisse tomber le Pas de Luxel et file au plus court. La côte à la sortie d'Auriac est terrible. Je compte toujours les kilomètres un à un qui défilent de plus en plus lentement. Vais-je tomber dans le fossé tout proche? Vais je m'écrouler après le prochain virage? Non! Je finis par surmonter ce dernier obstacle... 

Il est 16h30 quand j'atteins, heureux et rincé, le petit village de Le Cabanial, terme de ma traversée de 3 jours de vélo en solitaire, après 301 kilomètres parcourus et 20 cols traversés.

                                                                      Luchon, le dimanche 4 février 2018.

 

 

DE LUCHON A LE CABANIAL A VELO SOLO
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